en page 3: autres choses à savoir sur la distribution desmodromique
en page 4: la distribution desmo des Ducati 350 et 500 Sport
sous pages:
méthode de réglage des jeux du desmo
les Ducati "desmoquattro"
divers documents desmo
Définition de "système desmodromique":
Cette expression qui qualifie un mouvement précisément contrôlé, est issue des mots grecs "desmos": contrôle, et "dromos": chemin, et par extension course et mouvement. Elle appartient à la cinématique, la science des mouvements, et en particulier au domaine des transformations de mouvements. Il en existe plusieurs définitions, mais dans le cas qui nous concerne elle peut s'énoncer ainsi:
"un système qui transforme un mouvement de rotation en un mouvement de translation bidirectionnel est dit desmodromique si cette action est provoquée dans les deux directions par un moyen rigide" (ce qui exclut l'utilisation d'un ressort de rappel).
Mais d’après la définition moderne, un mécanisme n’est purement desmodromique, que si et seulement si, il utilise deux moyens rigides séparés pour assurer le mouvement de la partie menée dans les deux directions.
Cette définition exclut en pratique les dispositifs basés sur un simple excentrique. Ainsi, un système bielle-manivelle n'est pas desmodromique puisqu'il n'utilise qu'un seul organe, la bielle, pour entraîner le piston dans les deux directions. En pratique, un système desmodromique doit nécessairement utiliser des cames classiques ou spéciales.
Par ailleurs, un système qui comporte un petit ressort accessoire faiblement taré uniquement destiné à rattraper le jeu (play) reste conforme.
Commande desmodromique des soupapes:
Conformément à la définition, un systéme de distribution desmodromique a donc pour particularité qu'il est dépourvu de ressort de rappel.
La fermeture de chaque soupape, à l'identique de l'ouverture, est effectuée par un organe mécanique rigide constitué sur les systèmes modernes d'un culbuteur actionné par une deuxième came située contre celle d'ouverture (groupes 5 et 6-A de la classification). Le profil de cette deuxième came, dite "came de fermeture", est l'inverse exact de celui de la came d'ouverture, sa portion circulaire correspondant à la position "soupape fermée", est située à la périphérie.

Le petit ressort accessoire faiblement taré, en bleu sur la figure de gauche, que l'on trouve sur la plupart des systèmes, ne sert qu'à rattraper le jeu (play) de fonctionnement afin de bien appuyer la soupape sur son siège.
La raison qui explique le vif intérêt des motoristes de l'époque des pionniers pour la distribution desmodromique, tient au fait que les ressorts fatiguaient rapidement et l’affolement des soupapes ainsi que les ruptures de ressorts limitaient gravement les performances et la fiabilité des moteurs. C'est pour cette raison que l'on montait souvent des ressorts en épingles à l'air libre faciles à remplacer. Toutefois, en ces années là, les systèmes desmodromiques avaient souvent tendance à s'user et à prendre rapidement du jeu à cause de la mauvaise qualité des aciers.
De nos jours, grâce aux progrès des aciers à ressorts et à la conception assistée par ordinateur, l'affolement des soupapes n'est plus un problème et l'intérêt de ce mode de distribution est ailleurs. A présent, le principal avantage de la distribution desmodromique par rapport au système classique réside dans le fait qu'elle procure un gain de couple moteur à moyen régime.
Un article intérésssant à ce sujet.
Les "plus":
En pratique, grâce à la distribution desmodromique on peut obtenir plus de puissance d'un moteur tout en bénéficiant d'un gain de couple à moyen régime.
-Grâce à la suppression des ressorts de rappel, les contraintes mécaniques sur les organes destinés à l'ouverture des soupapes sont nettement diminuées. Ainsi, il est possible d'adopter des profils de cames donnant des levées et des durées de large ouverture des soupapes plus importantes sans pour autant devoir augmenter les dimensions et donc l'inertie de ces organes. Ces profils de cames procurent un meilleur remplissage des cylindres au bénéfice du couple. Avec un système classique, de tels profils de cames nécessiteraient des ressorts très durs qui imposeraient d'énormes contraintes aux organes de distribution et causeraient des vibrations à hauts régimes.
-De plus, on note une réduction de l'effort d'entraînement des arbres à cames à bas et moyens régimes ainsi qu'une grande douceur de fonctionnement de la distribution. A condition d'être bien conçu et bien règlé à intervalles réguliers un système desmodromique est très fiable.
-Le gain de couple et la diminution des efforts d'entrainement procurent un autre avantage moins connu qui consiste en une certaine diminution de la consommation.
profils de cames développés sur 360° de rotation
Les performances exceptionelles des Mercedes F1 et Sport-prototype de 1954 et 1955 ainsi que des Ducati desmo de route et de compétition de 1958 à nos jours ne sont pas dues à autre chose. Cela a été été comfirmé récemment lors d'essais effectués par les bureaux d'études de grands constructeurs comme Nissan, Toyota et Audi, qui a déposé de nombreux brevets de distribution desmodromique entre 1986 et 1993.
dessin de brevet Audi desmo
Le prototype Toyota desmo de Formule 1, s'est avéré supérieur au modèle à rappel pneumatique des soupapes en termes de couple moteur. Néanmoins, ce constructeur a fini par y renoncer en 2009 après 7 années d'essais pour ne pas rojouter de complications à la mise au point déjà difficile de ce moteur.

les monocylindres d'essais Toyota F1 pneumatique et desmo
remarquer les 4 linguets d'ouverture sur un même axe
Les "moins":
Un système desmodromique est plus coûteux à fabriquer et à entretenir.
-Il est plus complexe qu’un système classique à ressorts, il est aussi plus délicat à concevoir et à réaliser. En effet, pour que le système fonctionne parfaitement il est impératif que les cames d'ouverture et de fermeture correspondantes soient très précisément usinées et calées angulairement l'une par rapport à l'autre en fonction de la forme des linguets et culbuteurs, de la position des axes et des déplacements relatifs de ces organes. Cela demande une étude approfondie pour que les jeux varient le moins possible en cours de la rotation et que les mouvements s'effectuent sans accoups.
-Par ailleurs, sur un tel système les points de contact sont relativement étroits entre les branches du culbuteur de fermeture et la douille inférieure, il est donc impératif que ces pièces soient bien lubrifiées et recoivent un soin particulier au niveau des traitements thermiques destinés à durcir le métal aux endroits sensibles, sinon leur durée de vie peut être limitée.
-Un système desmo est aussi plus compliqué à régler au niveau des jeux (plays) de fonctionnement car ces réglages demandent une grande précision et nécessitent des démontages, cela entraîne un coût d'entretien élevé, particulièrement sur les modèles à 4 soupapes.
-Enfin, une distribution desmodromique doit nécessairement être réglée à des intervalles assez fréquents. Faute de quoi, à cause du nombre plus élévé d'organes mécaniques en mouvement, ce type de distribution peut devenir bruyant et sujet à des usures prononcées lorsque les jeux augmentent.
Mais la technologie des moteurs classiques a beaucoup évolué et de nos jours et l'avantage du desmo n'est plus aussi flagrant sur les moteurs multicylindres modernes à hautes performances qui atteignent des régimes très élevés. La conception des cames avec des profils polydines déterminés par logiciels ainsi que la qualité et les performances des ressorts ont fait d’énormes progès et il est l'on peut adopter des profils de cames de plus en plus agressifs sur ces moteurs. D'autre part, grâce à divers moyens modernes (systèmes variables de distribution, d'injection, d'admission, etc.) il est possible de nos jour d'obtenir un couple moteur acceptable à moyen régime sur ce type de moteurs.
Par ailleurs, le rappel pneumatique des soupapes a résolu le problème des vibrations de ressort à haut régime sur les moteurs de GP. Mais pour des raisons pratiques son utilisation n'est pas envisageable sur des modèles destinés à la route.
En conclusion:
Ce système relativement coûteux trouve surtout son intéret sur des modèles pour lesquels le prix n'est pas un critère déterminant et en particulier sur les machines sportives bicylindres à grosse cylindrée unitaire dont le régime maximum est moins élevé que celui des 3 ou 4 cylindres équivalents.
Il n'est donc pas étonnant que les L-twins Ducati et en particulier les 4 soupapes soient aussi performants tout en restant très fiables à condition de faire l'objet d'un entretien scrupuleux. C'est pour les mêmes raisons qu'ils remportent un tel succès en compétition et sur le marché de ce type de machines constitué principalement des marques Ducati, Bimota, Moto-Guzzi, Moto-Morini, Aprilia, BMW, Buell-Rotax et KTM.
Et que ceux qui affirment que la distribution desmodromique n'est qu'un "gadget" technologique inutile et coûteux que Ducati ne conserve que pour son image de marque expliquent pourquoi des constructeurs aussi renommés que Norton, MV Agusta, Moto Morini, BMW, Suzuki, Porsche, Mercedes, BRM, Cosworth, Ferrari, Honda, Audi, Toyota, Mitsubishi et Nissan, entre autres, s'y sont intéressés au point de réaliser des prototypes déstinés à la recherche ou la compétition qui utilisaient ce type de distribution. Les brevets les plus récents comme ceux d'Audi et de Nissan comportent même des dispositfs intégrés de calage variable de distribution.
Ce principe ne s’applique pas uniquement à la distribution des moteurs, en voici quelques exemples:
-Il existe des carburateurs à commande desmodromique avec un câble en double fixé sur une poulie reliée à un levier qui commande l’ouverture et la fermeture du boisseau. Le câble est considéré comme rigide puisqu'il travaille uniquement en traction, et ce système assure une parfaite sécurité de fermeture tout en utilisant un ressort de rappel très souple. Un dispositif de ce type a été monté sur des bicylindres Moto Guzzi et sur des 4 cylindres Honda.
-Un prototype de coeur artificiel à commande desmodromique a aussi remporté un concours de design organisé par Ducati en 2004. Grâce à ce système, l'entrainement de le membrane demande un très faible effort. Les avantages sont le poids réduit, la fiabilité et l'économie d'énergie.
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-De même, le mécanisme de sélection des boites de vitesses de motos avec le tambour qui entraîne les fourchettes en tournant, est un exemple de système desmodromique, il est basé sur une "drum cam".
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-Des mécanismes similaires existent sur des systèmes à haute sécurité comme des serrures de coffres-forts de casinos qui comportent un ensemble clé-cylindre desmodromique, et aussi sur des dispositifs de fermeture de portes d'avions.
-Il en existe de nombreuses autres applications dans des domaines tels que le matériel médical ou l'industrie, par exemple on trouve des systèmes desmodromiques sur des presses à emboutir destinées à former des pièces en tôle d'acier.

presse progessive "desmodrive" Sacma
Petite histoire de la distribution desmodromique:
Voir aussi à ce sujet l’excellent site "Desmodromology" dont cette page très intéressante (de nombreux documents de ce chapitre lui sont empruntés).
Et aussi le début du chapitre "histoire" des Ducati desmo.
La première trace connue de cette expression date des environs de 1875 lorsqu'un Italien utilisa le terme "desmodromico" pour traduire de l’allemand une étude de cinématique. L'énoncé anglais "positive-control valves operating system" a parfois été utilisé pour qualifier ce mode de commande des soupapes. Quant à l'abréviation "desmo" elle appartient exclusivement à Ducati qui l'a créée et déposée en 1968 lors du lancement des mono-cylindres Mark 3 D. Depuis Ducati reste la seule marque au monde ayant produit et produisant encore des modèles à distribution desmodromique en grande série. De nos jours Ducati produit même exclusivement des modèles "desmo".
Les toutes premières distributions desmodromiques, qui datent de la fin du 19-ème et du début du 20-ème siècles, comportaient souvent un seul élément rigide mais il était animé par des moyens différents (grâce dans certains cas à des cames de type spécial): les deux cotés de la rainure d'une came-plateau comme Daimler ou Arnott, les deux faces d'une came-disque oblique comme Bignan ou plusieurs cames dans un étrier comme Delage.
les systèmes Arnott, Bignan et Delage
Contrairement à certaines idées reçues, Fabio Taglioni le célèbre directeur technique de Ducati, n’est pas du tout pas l’inventeur de ce système. De nombreux brevets ont été déposés et mis en pratique bien avant lui, mais Il fut le premier à l’avoir utilisé avec succès sur une moto dès 1956 en compétition.
Il reste également le seul qui ait osé avec Ducati le produire en grande série, dès 1968 les mono-cylindres 250, 350 et 450 Mark 3 D en étaient équipés et c'est le cas de toute la gamme de ce constructeur depuis 1980.
Vers 1910, l'anglais Frank Arnott a testé un système de distribution desmodromique sur moteur Triumph, son brevet a disparu et il n'en subsite que des schémas. Le projet n'a pas abouti, sinon cette Triumph-Arnott aurait été la première moto à ditribution desmodromique.
C'est pour cette raison que l'invention du "desmo" qui date en réalité de 1893 est parfois attribuée à tort à Arnott notamment dans la rubrique historique du site officiel Ducati.
Les pionniers:
Les premiers moteurs:
Le premier moteur à combustion interne fabriqué en série a été conçu par l'ingénieur belge Etienne Lenoir en 1859, c'était un deux temps (2 stroke) à gaz à double effet et sans compression dont le rendement était très faible. L'allumage électrique s'effectuait par l'intermédiaire d'un tiroir distributeur de flamme. C'est donc à Lenoir que revient l'invention du cycle à 2 temps qui sera amélioré par l'anglais Dugald Clerck en 1878 avec la compression préalable des gaz avant l'allumage au moyen d'un deuxième cylindre. Le principe du carter-pompe sera inventé par l'américain Joseph Day vers 1890.
Avant l'invention du carburateur en 1882, les moteurs fonctionnaient au gaz, le plus couramment utilisé était le gaz d'éclairage extrait de la houille. La plupart de ces moteurs servaient à entraîner des machines dans des usines.
Le premier 4 temps (4 stroke), plus fiable et plus économe que le 2 temps, sera construit chez Deutz en Allemagne par Nikolaus Otto avec son directeur technique Gottlieb Daimler en 1876, le principe du cycle à 4 temps fut breveté par le français Beau de Rochas en 1862.
La première automobile propulsée par un moteur à combustion interne sera construite en France en 1884 par Delamare Deboutteville, c'était un bicylindre horizonal à 4 temps qui tournait au gaz de pétrole (GPL). En 1885, il présentera la toute première voiture à essence dotée du rudimentaire carburateur à mèche qu'il avait inventé en 1882. C'était un progrès important car ce carburant était beaucoup plus pratique à ravitailler que le gaz.
La même année le français Forest conçut un carburateur bien plus efficace comportant une cuve à niveau constant, un gicleur et un système de réglage de richesse, c'est l'ancêtre des carburateurs modernes.
Quant aux moteurs Diesel fonctionnant à "l'huile lourde", ils ont commencé à se développer vers 1900.
En ce qui concerne la première moto à essence construite en série, il y a de fortes chances que ça soit une moto française. En 1893, Millet produisit un "bicycle" équipé d'un moteur 5 cylindres en étoile de 1924 cc dans la roue arrière développant 1.2 hp à 366 rpm.
Les premières distributions desmodromiques:
Gottlieb Daimler, un génie de l'époque des pionniers:
En 1883, Gottlieb Daimler, l'ingénieur allemand qui avait créé le premier moteur 4 temps avec Nikolaus Otto en 1876, construisit un moteur horizontal de 98 cc (42 x 72 mm) qui comportait un système desmodromique.
Sur ce tout premier système de ce type connu au monde, les soupapes étaient actionnées par des tiges reliées à des lames courbes articulées qui coulissaient (glided) dans les rainures croisées d'une came-plateau "curved-groove cam" solidaire du vilebrequin (photo ci-dessous, à droite une lame articulée). 

Il pouvait fonctionner au gaz ou à l'essence grâce au carburateur à vaporisation par surface créé en 1883 par Wilhelm Maybach, l'ami et employé de Daimler, qui est considéré comme l'un des inventeurs du carburateur.
Daimler déposa 2 brevets (DRP 28022 et 28243 de Décembre 1883) qui concernaient respectivement l'allumage et la distribution de ce moteur qui développait environs 0,15 hp à 600 rpm.
Il cherchait à démonter qu'un moteur léger de faible cylindrée à vitesse de rotation élevée pouvait être parfaitement efficace, mais la qualité médiocre des aciers de l'époque ne permettaient pas d'atteindre ces vitesses sans risque d'afollement des soupapes et de rupture des ressorts. Il fut donc contraint de mettre au point un système desmodromique aussi fiable que possible. Sur le prototype définitif (figure ci-dessus), dans un but de simplification, seule la soupape d'échappement était commandée par ce système, celle d'admission était actionnée par dépression, une solution peu efficace pour le remplissage mais courante à l'époque compte tenu des faibles vitesses de rotation des moteurs.
Gottlieb Daimler est donc le créateur du premier système de distribution desmodromique de l'histoire même si ce terme pratiquement inconnu à l'époque n'est pas spécifié dans le texte de son brevet de 1883. Le fonctionnement très particulier de son mode de commande de soupape par "curved-groove cam" (came à rainures courbes), qui figure sur la droite du dessin de brevet ci-dessous, est décrit plus bas dans le paragraphe qui concerne le bicylindres en V de 1889. Des repliques de ce mono-cylindre fonctionnent chez Daimler-Benz en Allemagne et aux USA.
Voir ces extraits d'un forum au sujet d'une réplique de ce moteur: extrait 1 extrait 2 extrait 3
En 1885, il construisit un mono-cylindre vertical de 264 cc (58 x 100 mm) qui reprenait les principes de son prototype horizontal à distribution desmodromique de 1883, il développait 0,5 hp à 700 rpm et pesait environs 50 kg.
Ce moteur était révolutionnaire par de nombreux aspects: parce qu'il pouvait fonctionner à l'essence, par son faible poids, son encombrement réduit et sa vitesse de rotation élevée, par son principe de distribution original et par ses systèmes d'allumage et de lubrification élaborés.
Daimler, inventeur indépendant depuis qu'il avait quitté Deutz en 1882, avait pour projet de réaliser un moteur capable de propulser des véhicules légers, en visionnaire il pressentait que l'automobile était l'avenir. C'est pourquoi il s'était attaché à réduire autant que possible le rapport poids/puissance et l'encombrement par rapport aux pesants moteurs fixes utilisés dans les usines de l'époque.
De plus c'était le tout premier moteur comportant un carter fermé formant réservoir d'huile, le graissage se faisait par barbotage: l'huile était projetée sur les paliers, le système desmodromique et la chemise par le vilebrequin qui venait la "lécher" au fond du carter, seuls les guides de soupapes devaient être huilés régulièrement. C'était une technique parfaitement adaptée à l'automobile, en effet avant cette invention les pièces en mouvement des moteurs étaient à l'air libre et l'huile était amenée en divers endroits par de petits bols qu'il fallait régulièrement remplir avec une burette comme sur les machines à vapeur. De plus ce carter fermé permettait de réduire considérablement la consommation d'huile, la lubrification sous pression par pompe à engrenages sera inventée après 1900. Quant au refroidissement il était assuré par un ventilateur fixé en bout de vilebrequin qui soufflait autour du cylindre au travers d'une gaine tubulaire.
Le brevet qui concernait l'ensemble s'intitulait "machine puissante à combustion interne et grande vitesse"... C'était effectivement le moteur plus rapide de son époque, jusque là aucun n'avait dépassé 200 rpm.

le dessin du brevet de 1885
Pour tester son invention sur un véhicule, Daimler construisit un engin à deux roues sécurisé par des roulettes. Ce premier "bicycle à moteur" au monde équipé d'un moteur à combustion interne disposait de deux rapports de transmission et roulait à 11 Km/h. Ainsi, la toute première "moto" (si c'en est une) propulsée par un moteur à combustion interne bénéficiait d'une distribution desmodromique...
C'était en son temps le véhicule automobile le plus léger jamais construit.
il en existe une réplique en état de rouler !
En 1886, il présenta une évolution de son moteur poussée à 462 cc qui développait 1,1 hp à 650 rpm avec un régime maxi de 900 rpm. Pour valider et mettre leur invention en valeur, Daimler et Maybach montérent leur moteur sur une calèche, la "Motorkutsche" (photo cidessous), modifiée de façon rudimentaire avec un guidon fixé sur l'axe du timon et dépourvue de boite de vitesses.
L'épouse de Daimler partit en promenade avec cette voiture et devint ainsi le première femme "automobiliste" au monde.

Mais il s'avera que le mono-cylindre n'était pas assez puissant pour propulser une automobile à une vitesse suffisante, alors en 1889, Daimler déposa un nouveau brevet (DRP 50839) pour un bicylindre en V à 17° doté du même procédé de distribution. Ce moteur à essence de 565 cc pesait 40 Kg, développait 1,65 hp à 600 rpm et les culasses étaient refroidies par eau. Par ailleurs c'était le premier V-twin au monde, une invention de Maybach.
Dans les mois qui suivirent, Daimler présenta une nouvelle voiture équipée de ce moteur, la "Stahlradwagen", construite de ses mains avec l'aide de Maybach, particulièrement légère et dotée de roues à rayons. Les tubes du chassis faisaient office de radiateur d'eau, l'embrayage à ressorts à lames faisait l'objet d'un autre brevet de Daimler et la boite de vitesses dont les pignons à l'air libre étaient simplement lubrifiés à la graisse comportait quatre rapports, elle avait été dessinée par Maybach. Quant au différentiel il était abrité dans un carter d'huile fermé avec un couple conique car le moteur était monté avec le vilebrequin dans l'axe. C'était un véhicule très abouti pour l'époque et cette fois grâce au poids réduit de l'ensemble la vitesse maximum atteignait 30 Km/h.
Daimler présenta sa voiture à l'exposition universelle de Paris en 1889, elle y remporta un certain succès. Edouard Sarrazin, un homme d'affaires réputé ami de Daimler, lui acheta une license de fabrication du moteur.
La société Panhard & Levassor, qui fabriquait des moteurs à gaz industriels depuis 1876, fut particulièrement intéressée, elle s'associa alors avec Daimler dans le but de produire des automobiles en série. L'affaire se fit par l'intermédiaire de Louise Sarrazin, la future épouse de Levassor et veuve de Sarrazin décédé en 1889, qui avait hérité de la license du moteur. La cylindrée fut augmentée à 817 cc et après 18 mois de mise au point la production commença en 1891. A part le moteur qui portait la marque Daimler et la transmission, le nouveau modèle n'avait rien en commun avec celui de 1889.
C'est ainsi que le premier moteur d'automobile fabriqué en série comportait une distribution desmodromique et fut construit en France, en même temps le génial inventeur Gottlieb Daimler atteignait la notoriété qu'il méritait.
Une trentaine de voitures furent fabriquées, dont cinq la première année, pour des clients français et étrangers. Par ailleurs Panhard & Levassor se mit à fabriquer ces moteurs pour les automobiles Peugeot. Ces Panhard & Levassor et ces Peugeot furent les premières automobiles au monde fabriquées en série. La dernière version de ce V-twin atteignait 1206 cc (80 x 120 mm) et développait 3,5 hp à 800 rpm. Ce moteur avait atteint un bon niveau de fiabilité, en 1895 Emile Levassor remporta largement l'une des premières courses d'automobiles du monde, Paris Bordeaux aller-retour avec escales, en un peu plus de 48 heures à 24,6 Km/h de moyenne. Mais il fut rétrogradé à la deuxième place au bénéfice d'une Peugeot dotée du même moteur car sa voiture ne comportant que deux places assises elle n'était pas exactement conforme au règlement de la course.

A partir de 1895, Daimler commença à produire lui même ses moteurs en série au sein la société industrielle Daimler Motoren Gesellschaft qu'il avait créée avec Maybach en 1890 et d'autres constructeurs les produisurent sous license en Europe et aux USA. Jusqu'en 1902 les Panhard & Levassor seront équipées de 2 et 4 cylindres en ligne Daimler Phönix de 6 et 8 hp dotés d'une distribution classique.
Quelques années plus tard, après le décès de Gottlieb Daimler survenu en 1900, son fils Paul s'associera avec Karl Benz, un autre pionnier de l'automobile, pour créer Daimler-Benz qui sera à l'origine de la marque d'automobiles Mercedes-Benz.
De son coté Maybach, après un différend avec Paul Daimler, fondera en 1907 sa propre marque pour produire des moteurs d'avions et de dirigeables puis, après la première guerre mondiale, des automobiles de luxe concurrentes des Mercedes. Après avoir été absorbé par Daimler-Benz, Maybach s'est reconverti depuis 1960 sous la marque MTU dans les gros moteurs Diesel hautes performances.
Pour revenir à ces ces premiers moteurs desmodromiques des années 1883 à 1895, leur conception très particulière mérite qu'on s'y arrête. Le degré d'ingéniosité dont Daimler dut faire preuve pour faire fonctionner ses inventions est pour le moins étonnant (voir les dessins ci-dessous).
Sur chaque cylindre la soupape d'admission "automatique" en tête était actionnée par dépression, un procédé courant à l'époque.
La soupape d'échappement latérale était commandée par un système desmodromique original du type "curved-groove cam".
Il était constitué d'un mécanisme basé sur deux rainures courbes usinées sur un disque solidaire du vilebrequin qui se croisaient en plusieurs points, l'une était purement circulaire, l'autre était profilée comme une came. Les biellettes qui commandaient les tiges actionnant les soupapes comportaient des lames courbes articulées qui coulissaient dans ces rainures. Le système était dessiné de manière à ce que pour que les lames passent tour à tour d'une rainure courbe à l'autre, ainsi les soupapes n'étaient actionnées qu'un tour sur deux (voir plus haut les photos de détail du mono-cylindre). De petits ressorts hélicoïdaux servaient à assurer le bon appui des soupapes en position fermée.
Afin d'améliorer le rendement, des clapets avaient été rajoutés dans les pistons, leur ouverture était commandée mécaniquement au point mort bas. Ils étaient destinés à améliorer l'évacuation des gaz d'échappement et à compléter le remplissage grâce à un balayage vertical par de l'air préalablement aspiré dans le carter d'huile par un clapet automatique à dépression, inévitablement quelques gouttes d'huile venaient se mélanger à cet air. Gottlieb Daimler, qui ne manquait pas d'idées, avait combiné les systèmes d'admission des 2 temps et des 4 temps.
Le graissage de l'embiellage s'effectuait par barbotage et au point mort bas, le piston venait également "lécher" une petite réserve de lubrifiant.
Quant à l'allumage, il se faisait au moyen de tubes réchauffées par des brûleurs à essence. Cet dispositif, qui autorisait une plus grande vitesse que les systèmes à tiroir de flamme utilisés jusque là, avait demandé une longue mise au point sur le prototype mono-cylindre de 1883. C'est en jouant sur la forme de la chambre de combustion et sur la richesse du mélange carburé que Daimler et Maybach parvinrent à faire que l'inflammation des gaz ne se produise pas avant le point mort haut. Ce dispositif sera perfectionné par Levassor en 1891 avec de tubes incandescents en platine.
L'allumage électrique existait déjà à cette époque, mais il n'avait pas encore atteint un degré de fiabilité suffisant. C'est en 1902 que Bosch inventera la magnéto et perfectionnera la bougie d'allumage, ce sera un immense progrès pour les moteurs.
Par ailleurs, sur le bi-cylindre, la vitesse de rotation du moteur était limitée par un régulateur centrifuge situé en bout de vilebrequin, il agissait sur la levée des soupapes d'échappement. Gràce à un levier intermédiaire ce système servait aussi d'accélérateur comme sur les mono-cylindres car le carburateur à surface ne comportait pas de volet des gaz.
Ces différents mono-cylindres et V-twins Daimler peuvent donc être considérés comme les premiers moteurs à distribution desmodromique de l'histoire. Au centre la "curved-groove cam" avec ses deux rainures courbes qui s'entrecroisent.
la culasse et le système d'allumage
le bicylindre en V Daimler desmodromique et sa came à rainures courbes
le volumineux carburateur à surface est situé sur le coté droit du moteur
Les successeurs:
voir également ce site japonais à ce sujet (qui ne se gène pas pour me copier...) et le reste de son "oeuvre"
Le Français ClaudeBonjour déposa ensuite un brevet de système hydrostatique en Suisse en 1893 mais il ne fut pas suivi par une application pratique.
système hydrostatique
Il fut suivi en 1896 par l'Allemand Gustav Mees dont le brevet resta sans suite, et en 1910 par l'Anglais Frank Arnott qui conçut une distribution desmodromique pour un mono-cylindre Triumph qui resta également à l'état de prototype. En 1955, son fils produira un autre système desmo en collaboration avec Jap pour un 500 mono de speedway.
Dans les années qui suivirent, de nombreux dispositifs ont été brevetés et plus de 70 systèmes desmodromiques différents ont été réalisés au cours du temps.
Ci-dessous les différentes types: les Ducati "desmodue" appartiennent à la classe 6a et les "desmoquattro" au groupe 5 comme le Mercedes F1.
divers systèmes à cames classiques ou "groove cams"
La préhistoire du "desmoquattro":
Delage:
Le moteur 4 cylindres 4,4 litres (environs 115 hp à 2500 rpm) double arbre à cames en tête 4 soupapes desmodromique de la Delage type "S" de Grand Prix de 1914 est l'oeuvre de l'ingénieur Arthur Michelat. Ce fut la première voiture de course de l'histoire équipée de ce type de distribution, il en existe encore un unique exemplaire qui se trouve chez un collectionneur en Australie.
La Delage desmodromique participa à plusieurs Grands Prix mais s'avéra difficile à mettre au point. A Lyon en 1914, lors du Grand Prix de l'Automobile Club de France, Delage engagea trois types "S" desmodromiques avec Bablot, Guyot et l'ingénieur Duray, mais seul Duray finit la course à la huitième place. Le meilleur résultat de cette voiture serait une 5-ème place aux 500 Miles d'Indianapolis en 1916 dans une version modifiée aux USA par son nouveau propriétaire. Durant la guerre de 14, les Delage de course furent revendues à des américains. Mais un doute subsiste quant au type précis de la voiture qui finit à cette place. En effet, une type "Y" 6,2 litres non-desmo comportant également 4 soupapes par cylindre était également engagée.
Arthur Michelat, Arthur Duray et Louis Dalage au GP de France 1914
Remarquer le système original constitué d'un étrier actionné par 3 cames (une d'ouverture et deux de fermeture) et qui entraîne deux soupapes en parallèle et aussi la fermeture des soupapes "finalisée" par des petits ressorts de ratrappage de jeu.
Le dessin de détail qui figure sur la deuxième figure, à été réalisé d'après des pièces de la distribution démontées et mesurées sur la voiture du collectionneur australien. Il est donc exact, contrairement aux autres vues approximatives.

Peugeot, le mystère:
Extrait d'un article: "En 1912, l'ingénieur suisse Ernest Henry, au sein d'une petite structure autonome basée en région parisienne et surnommée « Les Charlatans » de l'usine Peugeot, participa à la conception de la révolutionnaire Peugeot L76 avec Ettore Bugatti. Le moteur est un 4 cylindres en ligne de 7,6 litres (110x200) reprend, pour la première fois sur une même voiture, deux technologie rares à l'époque, à savoir une culasse avec double arbre à came en tête, et quatre soupapes par cylindre avec une a commande desmodromique. De plus, les chambres de combustion sont hémisphériques et la lubrification se fait par carter sec. Le moteur développe 148 ch à 2250 tr/min pour un voiture ne pesant de 900 kg, ce qui permet d'atteindre 160 km/h. La L76 triompha dès sa première apparition en compétition, au Grand Prix de l'ACF 1912 à Dieppe et aux 500 miles d'Indianapolis en 1913." La L45 de 4,5 litres, plus légère, succéda à la L76, apparemment elle comportait des ressorts de soupapes.
Toutefois un doute subsiste car, après vérification sur une L76 dans un musée aux USA, il s'est avéré que la distribution était du type classique, autrement dit "non-desmo"...
Cela dit, il n'est pas impossible que Peugeot ait testé des systèmes semi-desmodromiques sur la L76. Faute de came de fermeture, la liaison ente l'étrier et la soupape devait nécessairement comporter un élément élastique, ce n'était donc qu'un "semi-desmo".

les trois systèmes Peugeot: semi-desmo, semi-desmo avec ressorts et non-desmo.
Des dizaines de systèmes (Azzariti, Bignan, Vagova, Fiat, etc.) ont été testés par la suite au début du 20-ème siècle. De nombreux brevets, plus ou moins viables ont été déposés. Peu ont été appliqués et le "desmo" tomba un peu dans l’oubli jusqu’aux années 50.

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